Ma chère Marie,

je vous salue et espère que vous allez bien. Je vous écris pour vous demander d’annuler votre voyage prochain en ces contrées, il se passe de choses singulières dans les environs. Cette année 1857 est probablement la pire depuis longtemps. Les anglais qui gouvernent ce paysage se sont retirés de peur. Quels lâches, c’est bien les anglais ça ! Dans les événements étranges qui se passent : il y a un très épais brouillard qui ne se lève pas depuis plusieurs semaines, les corbeaux si nombreux dans ce pays semblent avoir fui, les terres alentours et leurs végétations paraissent pourrir, comme si les siècles passaient en quelques jours, les maisons pourrissent également, les bêtes meurent alors que leur santé est éclatante le jour d’avant et pourrissent à une vitesse surnaturelle, comme si elles se faisaient dévorer par un mal inconnu. En quelques heures les animaux se décomposent comme en plusieurs semaines, ce qui rend la nourriture immangeable. En ce moment nous essayons de sortir les animaux du territoire, mais il semble que cela soit impossible. Notre bétail meurt plus vite si l’on essaye de les sortir de cette malsaine brume, pareil pour les êtres humains qui tentent de s’enfuir, comme si quelqu’un avait vendu nos âmes au Diable. De plus, personne ne semble pouvoir venir de l’extérieur excepté un homme dont je parle plus bas, personne n’est venu malgré nos appels à l’aide. Les premiers bâtiments à s’être effondrés sont les églises, tuant les membres du clergé présents. Nous pensons qu’il s’agit effectivement de l’œuvre Malin. Nous prions chaque jour le Seigneur pour espérer nous en sortir, si vous aviez l’amabilité de prier pour nos âmes. Je ne vais pas m’attarder sur tous les sombres points qui composent cette liste, je me suis concentré sur les principaux, cela prendrait plusieurs dizaines de pages et le papier est rationné, mais sachez qu’il y a disparition chaque jour, la peur est palpable dans le Clachan et les villages alentours. Je me dois en tant qu’homme de la famille et propriétaire de rester conservé notre bien familial.

Je vous envoie cette lettre par la main de la seule personne qui entre et sort à sa guise dans le brouillard, un certain Clifure, c’est un homme grand, de ses dires, il vient d’une riche famille et est en voyage de séjour dans le pays, il est toujours richement habillé et propre sur lui. Il essaye de nous aider, mais la plupart sont méfiants envers lui, moi-même je le suis, mais c’est notre seul moyen de communiquer avec quelqu’un d’extérieur.

Je voulais aussi vous informer que notre cher Tom est mort, que Dieu ait son âme. On a retrouvé son corps il y a quelques jours, je ne vous décrirai pas comment on l’a retrouvé, ça serait trop dur et horrible pour vous. Je me permets de lui rendre hommage. Dans cette missive, c’est important pour moi. Il nous a bien aidés lors de nos belles années. Il a toujours été fidèle à la ferme Dubois, tout au long de sa vie. Il était très apprécié dans les villages alentours, notamment pour ses exploits au pub du village le plus proche. Vous savez le village où nous jouions enfant. Je sais que vous le savez déjà mais cela me fait du bien de l’exprimer quelque part par écrit. Il a été enterré selon les valeurs qu’il affectionnait tant de son pays. J’en pleure rien qu’en y pensant.

Je vous ai joint mon testament au dos de cette missive.

JE VOUS SUPPLIE DE NE PAS VENIR !!!

Bien à vous, en espérant pouvoir vous réécrire et que vous la receviez,

Nathan Dubois

Testament olographe de Nathan Dubois

Je soussigné, Nathan Dubois, né le 13 décembre de l’an 1836 à la ferme Dubois dans le Clachan Bally-Road dans le comté de Cork en Irlande, sain de corps et d’esprit, rédige ce testament afin de disposer de mes biens après mon décès, selon ma volonté.

1. Je déclare que ce document est mon dernier testament, annulant et révoquant tout testament antérieur.

2. Je lègue par cette présente lettre à ma sœur, Marie Dubois, et à son époux, François Josèphe Martin, ma seule famille vivante et restante, la propriété de la ferme familiale et les terres qui y sont attachées, ainsi que tout objet ou bien personnel qui m’est lié, situés à la ferme Dubois, Clachan Bally-Road, comté de Cork, Irlande.

3. Je nomme Marie Dubois comme exécutrice testamentaire, chargée de veiller à ce que mes volontés soient respectées.

4. Je souhaite que si l’on retrouve mon corps, mes funérailles soient faites de manière traditionnelle irlandaise et que mes dettes et charges soient réglées avant tout partage de mes biens.

Fait à la ferme Dubois, Clachan Bally-Road, comté de Cork, Irlande, le 24 mai de l’an 1857, en un seul original rédigé de ma main.

Je signe ce testament de ma main, en pleine possession de mes facultés et sans contrainte, pour que mes volontés soient pleinement respectées. Signature : Nathan Dubois